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Textes et photos : Laura Lurquin

Au nord de l’Italie, là où les cimes dolomitiques rencontrent un art de vivre résolument méridional, le Sud-Tyrol cultive une identité que peu de régions alpines peuvent revendiquer. Ici, les traditions germaniques se mêlent à la douceur méditerranéenne, les sommets classés au patrimoine mondial de l’UNESCO côtoient des vignobles gorgés de soleil, et chaque pierre semble porter une histoire. Direction la région des 3 Zinnen Dolomites, pour un séjour placé sous le signe des légendes que la roche a gravées ici depuis des millénaires.

Ce qui frappe d’abord, dans cette province, la plus septentrionale d’Italie, c’est l’harmonie improbable de ses contrastes. On y passe d’un chalet alpin à une terrasse baignée de lumière méridionale en l’espace de quelques kilomètres, d’une tradition profondément enracinée à une ouverture résolument cosmopolite : le Sud-Tyrol est, après tout, le point de rencontre des langues italienne, allemande et ladine. C’est précisément cette tension permanente entre plusieurs mondes qui rend la région si singulière, et qui a valu à ses sommets, façonnés par des millions d’années d’érosion, leur inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Car s’il ne fallait retenir des Dolomites que leurs lacs aux eaux émeraude devenus incontournables sur les réseaux sociaux, on passerait à côté de l’essentiel. La région des 3 Zinnen Dolomites, plus confidentielle, mérite tout autant le détour, sans doute davantage : ici, pas de foule à l’aube pour un cliché, mais des sentiers, des refuges et une mémoire de pierre qui se laissent découvrir à leur propre rythme.

Rotwand, quand la montagne se souvient de la guerre

Cette mémoire de pierre se prolonge à ciel ouvert au musée en plein air de Rotwand, perché à plus de 2150 mètres d’altitude au-dessus de Moso di Sesto. On y accède par un sentier qui traverse d’anciennes tranchées, abris et postes de commandement creusés à même la roche durant la Première Guerre mondiale, des vestiges intacts qui rappellent, sans grandiloquence, les conditions extrêmes affrontées ici par les combattants d’alors. Un lieu qui donne tout son sens au thème de ce séjour : des légendes littéralement écrites dans la pierre des Dolomites.

La Maison Messner, nouvelle page de cette histoire

Face à ce passé minéral, le Sud-Tyrol vient d’écrire un chapitre résolument contemporain. Ouverte en juin 2025 sur le Monte Elmo, la Maison Reinhold Messner occupe une ancienne station de téléphérique reconvertie, où l’architecture minimaliste dialogue avec la structure historique préservée et un toit végétalisé. Loin du musée classique, l’endroit se pense comme un espace de réflexion sur l’alpinisme, la durabilité et le tourisme de demain, porté par la vision personnelle de Reinhold et Diane Messner, et offrant, depuis ses baies vitrées, des perspectives inédites sur les Dolomites environnantes.

Hahnspielhütte, la plus ancienne cabane du coin

Puis vient l’étape la plus authentique du séjour : la Hahnspielhütte, la plus vieille cabane de montagne de la région, perchée à environ 2200 mètres au-dessus de Sexten. On y grimpe depuis la station d’altitude du téléphérique du Helm, en longeant des panoramas qui embrassent tour à tour les Drei Zinnen, le Rotwand et le Helm. Une fois sur place, l’accueil est à l’image du Sud-Tyrol tout entier : chaleureux et sans façon, autour de spécialités locales, knödel, speck et gâteaux maison, qui résument à elles seules l’hospitalité alpine de la région.

Où loger : le Berghotel Sexten

Pour poser ses valises, difficile de trouver adresse plus juste que le Berghotel Sexten, un hôtel de randonnée 4 étoiles supérieur niché au cœur des Dolomites de Sesto. Construit en bois, pierre et verre, il incarne cette même tension entre charme alpin et confort contemporain qui définit toute la région : chambres cocon avec vue panoramique sur les sommets, vaste espace bien-être pour récupérer après une journée de marche, et une table qui met à l’honneur les produits du terroir sud-tyrolien. Une base idéale pour rayonner vers Rotwand, la Maison Messner ou la Hahnspielhütte, sans jamais quitter des yeux les Dolomites.

Une durabilité qui dépasse le simple bilan carbone

Le Sud-Tyrol n’aborde pas la durabilité comme un argument marketing, mais comme une manière d’habiter le territoire. Ici, l’enjeu ne se limite pas à la réduction des émissions : il s’agit tout autant de préserver les paysages, de protéger la biodiversité alpine que de transmettre des savoir-faire agricoles séculaires : ceux, par exemple, qui donnent naissance aux pommes Golden Delicious cultivées le long de l’Adige, plus long fleuve de la région, ou aux vins et jambons fumés qui font la réputation du territoire. Une philosophie qui infuse jusque dans les infrastructures touristiques, pensées pour minimiser leur empreinte tout en gardant intacte l’authenticité des lieux, la Maison Messner en est sans doute l’exemple le plus abouti.

SkyAlps, la liaison qui change la donne

Reste la question, jamais anodine, de s’y rendre. C’est là qu’intervient SkyAlps, la compagnie aérienne italienne qui relie directement Anvers à Bolzano, porte d’entrée du Sud-Tyrol. À bord d’appareils plus petits et plus sobres, la liaison permet de rallier les Dolomites en moins de deux heures de vol, sans détour ni correspondance. Une option qui s’inscrit pleinement dans la logique du lieu : rejoindre la montagne le plus simplement, et le plus sobrement, possible.

Entre légendes gravées dans la roche, mémoire des tranchées et architecture qui regarde vers l’avenir, le Sud-Tyrol impose une évidence : en Italie, il existe une montagne qui ne ressemble à aucune autre pour peu qu’on accepte de sortir des sentiers déjà mille fois photographiés.

www.suedtirol.info